Ca fait un petit bout de temps que j’ai rien posté, mais en temps qu’irrégulomadaire assumé, ce blog continuera certainement sur ce rythme biscornu. Petit billet d’humeur.
Les politiques prennent les problèmes à l’envers. Et pas que les politiques, une bonne partie de la population française avec. Ouais, ça fait un peu lieu commun balancé au comptoir du café du commerce, mais c’est l’impression que j’ai un peu plus chaque jour.
Je pense que vous avez entendu parlé de l’idée du gouvernement d’imposer des quotas de boursiers (en l’occurrence 30%) dans les grandes écoles (ça date de quelques mois, mais que voulez-vous, je suis un peu long à la détente !).
Essayons d’imaginer le raisonnement de ceux qui ont avancé cette idée.
Premier temps, ils constatent que les grandes écoles ne sont pas assez diversifiées et que les « pauvres» y sont bien moins représentés que les classes sociales supérieures. Soit. Je n’ai pas les chiffres et à vrai dire la question ne m’intéresse pas dans ce billet. Admettons donc que ce soit bien le cas (ce ne serait pas étonnant).
Deuxième temps, ils cherchent une solution pour endiguer ce malheureux phénomène et rétablir un équilibre. Car cette injustice n’est pas acceptable et elle démontre selon eux une discrimination sociale.
Troisième temps, solution trouvée : on impose aux grandes écoles un quota de 30% d’étudiants boursiers dans leurs effectifs.
Bien. Pour moi ce raisonnement est totalement bancal et ne résout en aucun cas le problème de base.
Repartons du début, c’est à dire du constat initial : les populations moins favorisées sont très faiblement représentées dans les grandes écoles par rapport à la proportion qu’elles constituent parmi la population totale de la France.
Question qu’il faut pour moi se poser avant toute autre chose : pourquoi ? Quelle est la raison de cette injustice ?
La réponse donnée par le gouvernement nous montre que pour eux cela vient d’une discrimination qu’il faut endiguer par une discrimination positive, c’est à dire des quotas.
Je m’oppose totalement à cette vision des choses. Mettons nous en situation, je suis directeur de la commission d’admission d’une grande école et j’ai sur mon bureau le tas des dossiers de candidatures. Vous pensez sérieusement que je vais regarder si le candidat est boursier ou non (d’ailleurs je ne sais même pas s’ils ont accès à ces informations), si ses parents sont ingénieur plutôt qu’ouvriers ou bien si il vit à Neuilly et pas dans le 93 ? Et si je le regarde, vous pensez sérieusement que je vais me baser sur cela pour le prendre ou pas dans mon école ? Et encore, à la limite si on tombe sur un directeur con il y aura tout le reste de la commission pour réagir, la décision ne se fait jamais seule.
Alors pour moi cette idée de discrimination tiens de la paranoïa la plus complète (dans ce cas précis, j’entends bien).
Si discrimination il n’y a pas c’est que le problème se trouve en amont. Les gens moins favorisés sont moins représentés pour d’autres raisons : soit leurs dossiers sont moins bons, ce qui explique pourquoi ils ne sont pas acceptés, soit il y a proportionnellement moins de pauvres (désolé du terme, mais vous m’avez compris) à soumettre leur candidature aux grandes écoles. Que ce soit l’une ou l’autre des explications (c’est sûrement un peu des deux) cela revient au même, le niveau des jeunes moins favorisés est moins bon que celui des riches une fois arrivé dans le supérieur.
Ce n’est pas un scoop dites-vous ? Oui, mais c’est le problème auquel le gouvernement essaye d’éviter de faire face en faisant ce genre de proposition.
Parce qu’accepter ce fait c’est remettre en cause le système d’éducation, c’est accepter le fait que les ZEP ne fonctionnement pas, que le système d’intégration ne marche plus depuis des dizaines d’années et qu’il faut revoir ça à la base. Vous comprendrez bien que c’est bien plus simple d’imposer un simple quota en bout de chaîne et dire dire « Regardez comme elle est belle la France, on a autant de riches que de pauvres dans nos grandes écoles !» .
Voilà pourquoi je disais que nos dirigeants prennent les problèmes à l’envers. Car ce constat sur cette proposition particulière peut-être fait sur d’innombrables sujets. On agit en bout de chaîne pour essayer de mettre des rustines sur des systèmes qui ne fonctionnent pas dès la base. Mais comme il est beaucoup plus simple et rapide d’agir comme cela plutôt que de revoir le système en entier. Solution de facilité. Souvent la moins bonne, surtout en politique.
Alors au lieu de poser une rustine, revoyez le système en entier, mettez en place des vrais aides pour les élèves en difficultés, cherchez l’excellence au lieu de faire un bac de plus en plus au rabais, augmentez les bourses au lieu de balancer du fric dans une Carte Musique Jeune dont tout le monde se branle et au lieu de manipuler les chiffres on arrivera a avoir un vraie éducation nationale qui fonctionne pour tous les français, et on se rapprochera de ce que vous nous rabâchez à longueur de temps : l’égalité des chances.
Désolé pour le pavé, mais je pense qu’il y en aura de plus en plus sur mon blog, j’aime donner mon avis : )